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S.D.F.

De la burle aux alizés en téléchargement libre

Saltimbanques Des Flots

Vanua-Balavu et Taveuni

Le vent du Nord est enfin arrivé, il nous pousse jusqu'au groupe des Îles du groupe Lau, cent-dix miles plus à l'est de Savu-Savu.
Nous naviguons un jour et une nuit, la mer est idéale, la canne à pêche a sifflé et une dorade coryphène a mordu à l'hameçon.
La passe d’entrée est un peu délicate à franchir, les cartes ne sont pas très justes, la plupart des bouées indiquées sont absentes, nous avançons  donc prudemment , tout en surveillant les patates de corail et les hauts fonds.

Nous restons sur la côte sous le vent la première nuit, puis passons sur le côté opposé, à la recherche d'un village et de son chef.
Non, nous ne sommes plus au Club Méditerranée pour vouloir rencontrer le chef du village, mais la coutume locale doit être respectée.
Nous slalomons prudemment et nous nous frayons un passage entre les écueils pour atteindre un mouillage calme, en face d'un village.
Notre ancre est à peine posée que nous entendons des cris provenant de la plage. Trois jeunes filles nous font de grands signes et nous saluent de loin.
Nous les rejoignons en annexe, elles gambadent de joie sur la plage, elles nous souhaitent la bienvenue en nous sautant au cou et en nous serrant dans leurs bras, nous sommes un peu surpris...
C'est la première fois qu'elles accueillent des navigateurs, la dernière venue d'un voilier dans cette baie située du côté des vents d'est dominants date d'une vingtaine d'années.

Les présentations faites, elles nous convient à leur culte. Ce sont des adventistes du septième jour, fervents protestants pratiquant le sabbat chaque samedi.
J'ai pris l'habitude depuis longtemps de mettre une jupe le dimanche. Mais nous sommes samedi et je porte un bermuda alors que toutes les dames sont vêtues de robes ou de jupes assez longues. Une des filles me prête donc un paréo que je noue autour de la taille, voilà mes jambes couvertes !
Nous assistons au culte, essayons de chanter les cantiques en fidjien, langue assez phonétique sur des airs mélodieux et connus, cependant nous ne comprenons rien au sermon, exceptés les quelques mots de bienvenue que le pasteur nous formule en anglais.
Chacun possède sa Bible qui est souvent très usagée et qui tombe presque en lambeaux, les versets importants sont soulignés ou coloriés, les pages sont tournées avec d'infimes précautions, rendant la lecture précieuse et attentive, cela m'émeut beaucoup.
A la sortie, tous se pressent pour nous saluer mais nous devons tout de suite accomplir la fameuse coutume.

Nous voilà donc en chemin pour la maison du chef, guidés par nos trois demoiselles qui ne nous lâcheront plus...
Cela dit, nous aurions trouvé seuls la maison du chef sans problème, c'est la plus belle du village !

Dans la cour, une fille étend une natte puis le chef arrive, nous le saluons. Un autre homme accourt, suivi par deux villageoises. D'un geste du chef, nous sommes invités à nous asseoir en cercle autour de lui.
Nous avons apporté notre présent, des racines de kava séchées rassemblées en un petit bouquet.
Je l'offre puis je retourne m'asseoir, nous ne savons pas trop que faire....
Le chef baisse la tête et commence une sorte d’incantation, il psalmodie un moment puis tape dans les mains. Comme les autres personnes applaudissent aussi, nous les imitons.
A plusieurs reprises, le manège continue, paroles suivies d'applaudissements.
Je n'ai toujours pas le sens du rythme et je n'arrive pas à retrouver la cadence voulue, tant pis !
Le chef passe ensuite le kava au deuxième homme, c'est reparti pour un tour...
Contrairement à nos attentes, nous ne boirons pas le kava ici, les adventistes ne boivent ni alcool ni kava, la cérémonie se termine avec des paroles de bienvenue.
Nous pouvons désormais naviguer sur tout le pourtour de l'île, aller à terre lorsque bon nous semble, nous sommes les invités de l'île et chaque habitant est notre hôte.

Une des filles nous invite chez elle pour le repas du sabbat.

Ses parents possèdent un grand jardin et cultivent fruits et légumes. Ils semblent très flattés et heureux de nous recevoir, nous invitent à nous asseoir par terre, autour de la natte sur laquelle est disposé le repas.

Lorsque tous sont assis, nous devons nous servir, mais nous ne savons pas trop que choisir et dans quel ordre !
Je me lance la première, prend une tranche de pain confectionné chaque vendredi pour le sabbat, y dépose de la confiture de banane. Je lève la tête, personne n'a bougé mais la fille aînée me montre discrètement les bananes. J'en prend une, l'étale comme je peux sur ma tartine...
Voilà, c'est bon ! Tous sourient puis se mettent à tartiner et à manger !
Nous papotons un grand moment avant la visite du jardin. Une rivière proche permet une excellente irrigation, les fruits et les légumes se portent à merveilles.
Nous rentrons au bateau avec des bananes, des aubergines, de la salade, des papayes et des noix de coco...
Les filles nous accompagnent pour leur première visite d'un voilier, elles sont folles de bonheur et de fierté.
Elles veulent apprendre quelques mots de français, nous enseigner les mots en fidjien, le tout en anglais, nos neurones ont quelques années de trop !
Elles chantent pour nous remercier chaleureusement.

Nous restons quelques jours dans ce village de Moa-Levu, promenades avec les jeunes filles, visite du voilier par le pasteur et ses amis, chaque habitant veut nous recevoir chez lui et nous offrir à boire, à manger, nous ne manquons pas d'occupations....

Pour la journée nationale, le dix octobre, nous nous rendons à la ville Loma- Loma, plus grosse bourgade où ont lieu les festivités.

A neuf heures, nous sommes conviés à la cérémonie d'ouverture avec les différents chefs des villages voisins. Sur la paillasse, assis en tailleur et le dos bien droit, nous écoutons les premiers discours ou prières, puis une feuille de bananier garnie d'un mélange de fruits cuits nous est offerte, nous l’ouvrons puis mangeons avec les doigts en imitant les autres convives.
Ceci englouti, les palabres continuent jusqu'à la préparation du kava...Cette fois, c'est certain, nous n'allons pas y échapper...
J'essaie de demander une moitié de ration mais ce n'est pas si simple...
Les festivités commencent.
Danses, chants, psittacismes et discours se succèdent ....
Un thé au lait et une assiette de gâteaux nous sont apportés, nous venons juste de digérer les fruits cuits mais nous ne pouvons pas refuser...
Les festivités continuent de plus belles...

Voilà l'heure du repas.
Un cochon cuit est disposé à même la natte, des plats de tarot, des crabes farcis, du manioc, des bananes, c'est la fête générale. Quatre groupes de personnes ont préparé de nombreux plats, plus un repas spécial que les chefs ont dégustés en avant-première...
Avec leurs doigts, les mamans dépècent le cochon et remplissent les assiettes débordantes de victuailles....
Nous faisons honneur en mangeant de tout, nous le regretterons un peu en arrivant légèrement malades sur le voilier...
A la fin de la fête, les enfants nous accompagnent à notre annexe et décrochent pour nous des noix de coco.
Quelle leçon d’hospitalité, que de gentillesses à l'égard de simples inconnus arrivant de nulle part, nous sommes sous le charme !

Nous naviguons ensuite jusqu'à Island Bay.
De nombreuses petites îles, certaines minuscules, font un labyrinthe dans cette baie. Le mouillage se fait entre ces ilots, il est d'un calme absolu. Pas une ride ne vient troubler l'eau transparente.
La promenade en kayak sera un souvenir merveilleux, mélange de sous-bois, de grottes, de fonds coralliens, de poissons et d'oiseaux, un régal inoubliable.
Une plongée sur le récif me permet de découvrir pour la première fois des branches de corail noir de plusieurs centimètres de diamètre et de belles longueurs.

L'île de Taveuni, se trouve plus à l'ouest. Nous ancrons en face d'un superbe hôtel au nom évocateur de « Paradise ». Des bouées sont mises gratuitement à disposition des voiliers et nous devenons ainsi clients de l'hôtel.

Nous plongeons sur le célèbre " Rainbow Reef" afin d’admirer le mur de coraux blancs.
C'est une pente abrupte recouverte de milliers de coraux blancs, chaque branche est semblable à un bouquet de flocons de neige fraîchement déposés avec soin sur des ramifications transparentes. Le récif comporte aussi de petits passages en forme de tube et une arche que nous empruntons, nous sommes entourés de grandes fougères, de gorgones délicates et colorées ainsi que d’un nombre important de coraux mous.
Comme nous plongeons PADI, nous regrettons de ne pas pouvoir descendre plus bas que les trente mètres autorisés, le tombant nous appelait pourtant avec insistance, mais nous sommes disciplinés...

Parfois, nous déjeunons au restaurant de l'hôtel, afin d'oublier un peu les averses incessantes et le mauvais temps qui perdure....

La vie aux Fidji se poursuit donc sans encombre et avec beaucoup de bonheur, même si nous languissons énormément de la compagnie de nos bateaux copains....