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S.D.F.

De la burle aux alizés en téléchargement libre

Saltimbanques Des Flots

Les femmes des marins.

Voilà déjà quelques années que nous naviguons et côtoyons un nombre important de bateaux. Nous avons fait la connaissance de dizaines d'équipages, couples plus ou moins assortis, souvent très heureux et très amoureux, et, pour la plupart, complices en mer comme à terre.

Aujourd'hui, je vous parle des femmes de marin, que l'on ne nomme pas, étonnamment. Ce ne  sont pas des "marines", pas des navigatrices au sens sportif du terme, loin s'en faut parfois...
Ce ne sont pas non plus des co-équipières ordinaires, les qualificatifs de " mousses" ou de " matelotes" ne leur conviennent pas,  mais des compagnes de voyage prêtes à tout (ou presque tout) pour savourer longtemps d'une vie de vacances, aux côtés d'un marin souvent heureux comme ...un poisson sur l'eau...

Permettez-moi, en premier lieu,  de vous  présenter deux exceptions, deux femmes que tous les marins aimeraient à leur bord, mais qui, de par leur gentillesse, leur simplicité et leur bonne humeur, sont aussi les amies des femmes, ouf!
Elles sont jeunes, bien sûr, belles, très belles, et l'une peut tailler une courroie de moteur dans une chambre à air, l'autre grimpe au mat, en navigation et par forte houle afin de remplacer une poulie, réparation demandant plus d'une heure de travail, à une vingtaine de mètres du pont, suspendue entre ciel et terre...
L'une coiffe son mari en dictant les leçons à ses trois enfants, la seconde héberge sur son monocoque vieillissant, sans réfrigérateur, sans dessalinisateur et sans annexe une famille avec une petite fille en bas âge et un bébé!
Ces deux filles, croyez-moi,  peuvent tirer sur les bouts sans se servir des winches et porter à bras le corps une ancre de vingt kilogrammes.
De plus, bien évidemment, elles sont toutes les deux expertes en navigation, en mécanique, en électricité, en plomberie, bref, elles devraient énormément   énerver la gente féminine qui reste cependant  admirative devant leurs prouesses!
Sur leur bateau respectif, deux hommes  veillent précieusement sur elles et les voisins de mouillage guettent aussi, jour et nuit...

Mais la majorité des femmes de marins n'ont ni ce tempérament de feu ni ces  aptitudes  techniques. Ce sont des femmes comme vous et moi (surtout moi, d’ailleurs), ayant laissé à terre tracas et travail, enfants et parents, amis et maison pour suivre par amour l'homme de leur vie.

Voici la liste de ce que la plupart de ces femmes détestent:

-la navigation de nuit.
-Les  forts vents et les grosses vagues.
-Les longues navigations.
-Les manœuvres de port.
-Les mains de leurs marins tachées de cambouis lorsque les problèmes mécaniques surviennent.
-Les mouillages agités, lorsque l'ancre menace de se décrocher par la faute d'un vent violent ou d'une forte houle.
-Les débarquements hasardeux et dangereux en annexe, lorsque celui- ci se fait directement sur la plage ou sur les cailloux.
-Les connections internet trop lentes ou inexistantes

Voici la liste de ce que les femmes, en général, apprécient en voyage maritime:

-les navigations tranquilles, par vent constant et mer peu agitée, sous un beau soleil.
-Les mouillages calmes, sur l'eau limpide du lagon, non loin de plages de sable fin
-Les escales et les visites des îles, les rencontres avec les autochtones, les partages...
-Les petits- déjeuners avec vue sur la mer, dans la fraîcheur  matinale.
-Les repas du soir qui s'éternisent, avec le soleil couchant sur les flots ou sur les reliefs de la côte toute proche.
-les connections internet pour joindre les enfants ou les parents.

Est- ce les petites contrariétés subies par ces aventurières au long cours, est- ce le manque de compagnie féminine à bord qui encouragent les femmes de marins  à lier rapidement  connaissance  et  à tisser entre elles de forts liens emplis d'estime et d'affection?

Loin des tracas vestimentaires et des soucis d'élégance de la métropole, sans convention ni excès de politesse,  les conversations vont bon train...
Pendant que les marins discutent taille et longueur de chaîne, surface et matière de voiles, les femmes, comme chez vous, parlent vite  santé, chiffons, enfants, cuisine...., Très vite, des affinités se créent, des amitiés se révèlent....

A terre, rien ne m'aurait permis de rencontrer une  alcoolique, ancienne droguée, ex - taularde  et de passer en sa compagnie six mois de rires, de larmes, de partage...Son voyage s'est arrêté, et du Canada où elle se trouve, elle sait que je pense très souvent à elle, à ses bonbons patates, à son  cœur immensément généreux et malheureux.  

Inversement, j'ai ainsi eu l'occasion de parler librement, longuement et simplement, avec une fille avocate, une dame juge, de discuter avec une créatrice de mode, une vétérinaire, autant de personnalités différentes qui n'auraient peut- être pas, sur le terre ferme, trouver et pris le temps de papoter des heures entières avec leur pâtissière!
Nous avons forcément, quelques soient nos origines sociales, notre culture, nos âges ou nos vécus,  des points en commun: l'amour de notre mari, l'éloignement de nos enfants, la richesse des découvertes durant le voyage, les lectures, la vie quotidienne à bord avec son lot de bons plans et de trouvailles ingénues...

Les rencontres entre femmes  font partie du voyage, toutes ne sont pas mémorables, c'est certain, mais les amitiés sont fortes, sincères, urgentes et chaque soirée passée ensemble, chaque baignade, chaque balade, chaque plongée ou partie de Scrabble  unit, rapproche et rassemble.

Mais si mon voyage en mer permet de voguer d'îles  en îles, pour chaque arrivée en un nouveau lieu, il m'a fallu  souvent quitter mes amies!
Chaque bateau voyage à son rythme, au gré de ses envies et de ses possibilités, de ses visiteurs, de son programme de route et, après des semaines ou des mois passés côte à côte, l'heure de la séparation sonne toujours trop vite!

 Que de larmes versées aux départs de Suzie, Manon, Sylvie, Cathy,  Carole, Michèle, Sandrine...
Je décide après chaque bouleversant " au-revoir", de ne plus m'attacher à aucune fille qui croisera mon chemin, mais je ne peux chasser mon naturel assez social, il revient en nageant!

Mais la vie nous réserve parfois de bonnes surprises. J'avais  rencontré Carole à Annapolis, nous avons eu le plaisir de nous retrouver aux Bahamas, où nous avions partagé une messe de minuit inoubliable, et nous nous sommes rejoints par deux fois à Fakarava, notre île préférée des Tuamotu.

Cet hiver, j'ai retrouvé mon amie Michèle, le temps d'un diner en métropole, chez Laurette et Georges et nous avons été toutes les deux émerveillées de ce cadeau de la vie!
De retour des Marquises, nous faisons escale à Ahe, et le bonheur de retrouver Cathy a été intense. Nous avons repris  nos papotages de la même manière que si nous nous étions quittées la veille, et nous nous sommes laissées dans l'espoir de nous retrouver bien vite...
Ainsi  donc est la vie des femmes des marins, au gré des rencontres et des papotages, entre deux navigations....

Mais si votre homme vous propose un jour de larguer les amarres, de partir en voyage, à pied, à vélo, ou en voilier,  faites comme moi, faites rapidement quelques valises,   n'oubliez pas un bon épilateur  et suivez- le, vous ne le regretterez- pas!