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S.D.F.

De la burle aux alizés en téléchargement libre

Saltimbanques Des Flots

Nuku-Hiva (bis)

 Une fois n'étant pas coutume, voici un deuxième texte sur la ravissante île de  Nuku - Hiva.
Certes, je sais que le site sans nouvelles vous angoisse et, avant que vous ne téléphoniez tous à ma maman pour demander des explications, voilà donc une  petite balade à Nuku- Hiva, version plus approfondie, plus gastronomique  et peut-être un peu moins édulcorée.

Si le premier accueil des marquisiens, comme celui des polynésiens en général, est déjà un exemple, que dire du second! Les marquisiens ont été ravis de nous retrouver, ils se rappelaient de nous, de nos prénoms, du nom du bateau et se souvenaient parfaitement que Patrick pouvait réparer leur ordinateur ou les régaler avec un petit gâteau...

Nous fêtons la nouvelle année dans la magnifique baie d'Anaho, et Patrick participe activement à l'élaboration d'un traditionnel four marquisien. Cochons, chèvre, pieuvre  poissons, sacs tressés en feuilles de bananiers contenant des fruits de l’arbre à pain, tout est mis à cuire sur un feu, recouvert de feuillages, et étouffé sous terre et sable,.
Après douze heures de cuisson, la nourriture est prête à être dégustée, avec les doigts, bien entendu!

Une famille marquisienne nous héberge dans sa pension, nous vivons ainsi au cœur même de la vie quotidienne, partageant repas, balades, et soirées très animées...
Cadeau de l'office du tourisme, ce séjour nous permet de vivre la vie côté terre, d'entrer dans l'intimité de la maison et de discuter sans tabou et en toute confiance avec les hôtes bienveillants.
Nous constatons que les traditions et les croyances ancestrales ont encore beaucoup de prises sur les personnes, malgré l'arrivée d'Internet!
Une maman enceinte de sept mois m'affirme qu'elle ne peut pas tricoter ni coudre sinon le cordon ombilical du bébé s’enroulera, tel le fil de laine autour de la pelote ou le bébé sera piqué avec l'aiguille!
Une autre jeune  future de maman  boit allègrement ses trois obus de bière par jour et lorsque je m'en étonne un peu et lui expose les dangers, elle me répond sans défaillir qu'elle  ne le dit pas à la sage-femme, et que le bébé ne risque donc rien!

Toute la complexité du choc de leur crédulité quasi enfantine et des connaissances modernes résumée en un seul exemple!
Vous en citer davantage ressemblerait un peu à du voyeurisme, mais je ne manquerai pas d'histoires à vous raconter oralement....

 L'espérance de vie est environ de 10 à 15 ans inférieure à celle que nous avons en métropole. Les petits bobos sont rarement soignés, les marquisiens étant tous des guerriers durs au mal, l'alcool et le tabac s'ajoutent à une alimentation trop riche, à une consommation de sucre excessive due aux sodas en tout genre.
La pénibilité de tâches effectuées pour les pêcheurs, les chasseurs, les cultivateurs en fait des hommes usés assez tôt.
Les grossesses nombreuses et précoces, l'exposition au soleil, la dureté des travaux domestiques ont vieilli prématurément les femmes de ma génération.

Mais nous sommes heureux de voir s'installer des campagnes de prévention, des distributions de vaccins, et espérons de tout cœur que la santé de ces habitants sera plus préservée, et que leur vie en sera grandement facilitée.

La baie de Taiohae est un mouillage sur en été et nous y laissons notre bateau trois semaines pour un retour  rapide en métropole.
Nous revoyons avec plaisir nos enfants, parents, petite-fille, amis, nous dégustons avec bonheur et grand appétit raclette, fondue, jambonnette et " douce" ardéchoises, achetons quelques bricoles et revenons bien vite rejoindre notre catamaran.

Nous explorons de nouvelles grottes le long des falaises, grâce à une mer plutôt calme et une sécurité surface exemplaire.
Yvan Bourgnon, parti des Sables d’Olonne pour un tour du monde sur un petit catamaran de sport, fait escale à Taiohae, après une vingtaine de jours de navigation depuis les Galapagos.
C’est en héros et en ancien élève de l’école primaire qu’il est accueilli ici, couronné et chaudement félicité.

Bref, notre deuxième séjour sur Nuku-Hiva est plus riche en émotion, notre contact avec les gens est plus profond, plus intense, plus fort.
En connaissant mieux leurs tracas quotidiens, nous apprécions davantage toute leur gentillesse, leur générosité, leurs sourires,  leurs cadeaux,  et en partageant leur philosophie fataliste, quelque peu épicurienne, nous entrons nous aussi dans le monde dans lequel demain est si loin et  après-demain n’existe pas...