en_tete
S.D.F.

De la burle aux alizés en téléchargement libre

Saltimbanques Des Flots

Nuku'Alofa

Nous voici à Tongatapu, la plus grande île de ce beau royaume des Tonga, elle a une superficie de trois cents kilomètres carrés environ.
Nous ancrons près de la capitale Nuku'Alofa. Cette ville de vingt-cinq mille habitants semble en reconstruction. Les cyclones font des ravages. Le dernier ayant sévi deux ans auparavant a détruit une bonne partie du littoral, des monuments et des infrastructures. Beaucoup de chantiers sont en cours, des abris anti- cycloniques et anti-tsunamis sont installés sur toute la côte Nord, sur laquelle vit une grande partie de la population.
Un nombre plus important de personnes comprend l’anglais et nous pouvons deviser un peu, ce qui nous ravit.

Nous déambulons dans la ville, résidence du roi Siasou Tupou V. Son palais, grande maison peinte en blanc entourée d'un parc de verdure, est installé en bord de mer. Les gardiens armés qui le protègent faisaient de la balançoire lors de notre passage, tout est calme apparemment.
Tous les bâtiments officiels sont regroupés au centre de cette ville, le parlement, les différents ministères...
Beaucoup d'écoles, de rues, de places portent le nom des anciens rois et reines. Leurs tombes sont disposées dans un grand parc et des monuments sont installés pour chacun d'eux ainsi que pour leurs épouses ou époux respectifs.

Trouver des cartes postales relève du parcours du combattant, chacun nous indique une boutique, puis une autre, et ainsi de suite. Au bout de deux jours de recherches intensives et motivées, nous jetons nos derniers espoirs au bureau de poste et miracle ! Un présentoir placé derrière la postière contient deux modèles de cartes postales, peu modernes. Nous n'avons que deux petites-filles, heureusement !

Le tour des magasins est rapide. Nous trouvons d'immenses bazars tenus par des Chinois. Les rayons débordent d'articles en tout genre, dont des tissus en quantité, des vêtements plutôt en vrac et de très mauvaise qualité, des tonnes de vaisselle...
Quelques magasins d'électroménager, des petits restaurants locaux, mais aucun magasin de vêtements spécialisés, aucune boutique de mode, pas de Pretty Woman dans cette ville !
Une boulangerie propose une seule sorte de pain de mie, le choix consiste à le demander tranché ou entier, mais nous apprécions tout de même.

Au marché du samedi, nous hallucinons ! Chaque camelot vend un peu de tout et de rien. Sur le même banc, sont exposés un gâteau, des brochettes de viande, une dizaine de paires de chaussures qui ne flambent pas la nouveauté, quelques robes, trois soutien-gorge, deux perceuses et une poussette par exemple…Nous ne savons pas s'il s'agit de recyclage, mais ce joyeux pêle-mêle est d'une fantaisie colorée, très animé et les passants semblent débourser facilement leurs Tops.
L'artisanat est bien présent, mais peu engageant. Les sculptures d'os, de bois ou de pierre semblent fades et grossières par rapport aux polynésiennes, les jupes en pandanus et en écorces sont importables pour nous, les colliers et autres bijoux ne nous enchantent pas et nous ne trouvons aucun beau souvenir à rapporter.

A l'entrée d'un hôtel plutôt luxueux, un mariage approche. Je demande à faire quelques photos, les mariés et plusieurs invités posent pour moi, dans leurs tenues traditionnelles plutôt encombrantes.
Pour certains, les jupes sont superposées, sans doute sont-elles le symbole de quelques grades ou pouvoirs ?

Nous nous trouvons devant une école lorsque nous entendons des ordres diffusés par un haut-parleur. Une dame du ministère de la santé hurle, assise dans sa voiture. Je m'approche de la cour de récréation, les enfants en uniforme sont alignés en rangs. Je ne comprends pas tout de suite ce qu'il se passe. Les écoliers ont chacun une petite bouteille d'eau à la main et tous se lavent les dents en cadence. Même le personnel enseignant obéit, tous frottent en haut, puis en bas, à droite et à gauche. Lorsque tous se rincent la bouche et crachent par terre en même temps, j'ai de la peine à retenir un fou rire que je cache derrière mon appareil photo...Ceci dit, la méthode un peu militaire est sans aucun doute efficace, aucun enfant ne peut échapper au rituel journalier.

En annexe, nous naviguons jusqu'au lac intérieur, longeons la côte de cette étendue d'eau plate mais soumise à des courants importants. Autour de nous, des bébés raies sautent et de toutes petites tortues nagent paisiblement.
À marée basse, les cochons pêchent de petits poissons en enfonçant leurs museaux dans la vase.
Sur les arbres fruitiers, des centaines de chauve-souris sont accrochées aux branches et attendent le soir pour manger et engloutir les graines et les fruits.

Un homme, sur une rustique pirogue de fabrication vraiment artisanale, pêche des poissons allongés semblables à des anguilles. Il nous en propose gentiment une que nous refusons en le remerciant vivement.
Sur un autre bateau, quatre pêcheurs remontent un filet dans lequel se débat un crabe. Nous nous approchons pour les saluer, ils sont contents de nous montrer leur glacière à moitié pleine de poissons. Le crabe issu du filet atterrit dans notre annexe, ainsi qu'une petite dizaine de poissons.
Quelle gentillesse !
Nous nous régalons avec le crabe et les poissons délicieux.

Les formalités de départ sont vite accomplies, nous payons notre obole au port central, achetons un fût de gasoil détaxé et prenons la mer pour les Fidji, notre prochaine destination à trois jours de navigation qui s'annonce sportive. La météo changeante, parfois incertaine ou inexacte ne facilite pas les décisions du capitaine...

Nous avons passé six semaines aux Tonga. Malgré le froid auquel nous avons du mal à nous habituer, nos coups de cœur sont pour Niuatoputapu et son authenticité, pour Ha'apai et ses plages de sable blanc, pour les habitants et leurs sourires parfois réservés et surtout pour les dizaines de baleines qui nous ont offert des moments de grâce majestueuse.