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S.D.F.

De la burle aux alizés en téléchargement libre

Saltimbanques Des Flots

RIKITEA, PREMIERS PAS EN POLYNESIE!

Si vous êtes en pleine forme physique, mais surtout morale, vous pouvez continuer tranquillement la lecture de ce petit texte.
Si, par contre, vous vous trouvez un peu déprimé, et si votre environnement vous semble un " tantinet tristounet",  je vous conseille vivement de vous accrocher avant  de poursuivre  afin que la vague polynésienne qui nous a envoutés, dès notre arrivée, ne vous entraine pas vers ce lieu magique.

L'archipel des Gambier, le plus oriental de la Polynésie est composé de huit îles, parsemées dans un lagon de trente- cinq kilomètres de long sur trente kilomètres de large. Le total des terres émergées n'excède pas vingt- sept kilomètres carrés.

Nous voici donc à Rikitéa, sur l'île de Mangaréva, la plus grande de toutes, et la plus peuplée, d'environ mille deux cent personnes. Notre bateau a  facilement trouvé une place dans la grande baie, face au village, en compagnie de quatre autres voiliers.
Notre enregistrement à la gendarmerie est d'une simplicité élémentaire, le permis de pêche ne nous est pas donné, les papiers sont un peu longs, mais la permission verbale nous est accordée, à condition de faire attention aux requins, les formulaires à remplir en cas d'accident ne sont pas sortis depuis très longtemps des tiroirs et s'y trouvent très bien.
À la mairie, nous obtenons, moyennant la somme de cent francs, (qui correspond à un euro), un certificat de résidence, nous permettant d'ouvrir un compte bancaire à la poste. En effet, il n'y a, sur cette île, ni banque ni distributeur automatique.

Le débarquement au ponton est aisé et nous retrouvons l'immense plaisir de ne pas avoir à  cadenasser notre annexe!
La rue principale, cimentée, longe le bord de plage, en évitant soigneusement les immenses arbres qu'elle contourne avec respect et qui lui rendent la politesse en l'ombrageant avec élégance et générosité.
De part et d'autre, délimitées par des haies ou par des talus d'arbustes aux milles fleurs, de petites parcelles de terrain, avec jardins coquets abritent des maisons aux couleurs vives, accueillantes et ouvertes sur l'extérieur.
Ça et là, des épiceries , plus ou moins achalandées, avec comptoir et étagères en bois, piles d'objets hétéroclites et insolites, conserves en tout genre, imbroglio inattendu , pêlemêles  étonnants, congélateurs débordants, calculette scolaire, et livres de dettes reçoivent clients, famille au grand complet et voisines bavardes.
Une centrale électrique à été construite depuis peu et l'électricité est apportée dans le Nord de l'île, où le vacarme des groupes électrogènes cessera prochainement.
En promenade autour de l'île, nous croisons les camions installant poteaux électriques et déroulant d’immenses bobines de fils.

La gendarmerie est flambant neuve, les drapeaux français, polynésien et mangarévien flottent sur  une magnifique pelouse,  entretenue avec grand soin pour le bien-être des poules y picorant allègrement, quatre gendarmes y travaillent, sans stress apparent.
Ils assurent le passage du permis de conduire, vérifient que les casques des nombreux conducteurs de scooters soient correctement positionnés, et stoppent courtoisement leur véhicule en nous apercevant, histoire de papoter un moment.

Passé le charmant village, nous nous retrouvons en campagne, et la route grimpe vers le  point culminant, le Mont Duff, 441 mètres, qui porte le nom du bateau de l'amiral britannique Gambier, auquel je présente mes  sincères excuses pour l'avoir affublé à tort d'un "s" final dans un de mes mails. Nous admirons la végétation luxuriante, d'un panel  incroyable de verts, tendres ou foncés, d'un imbroglio de plantes, lianes, fougères, arbres fruitiers...., avec, en arrière- plan, les couleurs du lagon, les variétés de bleu, de vert, d'émeraude ...
Nous rentrons de nos promenades chargés de fruits, bananes, pamplemousses, citron, oranges et de légumes, courges, manioc. En fait, en saison de récolte, nous sommes invités à nous servir abondamment dans les jardins ou dans la forêt.
Nous attendons avec impatience le mois de novembre, les mangues et les lichées seront mûrs à point.

Deux fois par mois, un cargot, arrivant de Papeete, accoste au  quai, et débarque sur le ponton, conteneurs, bouteilles de gaz et d'eau, pelles mécaniques, ciment, vélos, courses alimentaires.... En quelque sorte, tout ce qui ne pousse pas sur l'île ! Les villageois, réunis pour l'occasion récupèrent leurs colis, chargent leur 4x4, et repartent sous les yeux vigilants des gendarmes, vêtus ce jour-là de leur tenue de camouflage, nous ne saurons pas pourquoi!
La semaine dernière, le cargo du mardi est arrivé le vendredi, cela se produit assez souvent, personne ne s'inquiète, le boulanger ne cuit plus qu'une seule fournée de pain pour économiser la farine, notre fermière de poules cuit du riz pour remplacer le maïs, les rayons de d'épiceries sont à moitié vides, mais personne n'est grognon, chacun ayant des trésors de patience et un système D à toute épreuve. D'ailleurs, le D du système signifie  Demain, ici.
Nous arrivons la semaine du quatorze juillet, et la fête bat son plein. Chaque soir, à partir  de 17 heures, les habitants sont réunis, pour des démonstrations de danse, l'élection de Miss et Sieur Gambier, des défilés de costumes végétaux...
Des concours de pirogues, des porters de fruits, des concours de pêche sont organisés, dans une ambiance bon enfant, une quiétude et une envie de bien- être général.
Avec Cathy, nous participerons même à un marathon tamouré, et danserons pratiquement une heure et demie, avant de nous faire éliminées, avec les félicitations des autres navigateurs.
Le 14 juillet, les enfants de l'école chantent la Marseillaise, puis l'hymne polynésien et enfin l’hymne mangarévien  et ce sont, comme à la gendarmerie, les trois drapeaux qui sont hissés, en grande pompe. Un cocktail, accompagné de poisson cru et de gâteaux est   ensuite offert à la population, entre deux danses folkloriques.

Nous avons également visité deux fermes perlières, et assisté à la greffe des nacres. Les huîtres peuvent être greffées dès qu'elles atteignent 10 cm. Les plongeurs vont récupérer les nacres, une personne est déléguée à leur entre-ouverture, le greffeur introduit avec une précaution, un savoir- faire et une dextérité incroyables, le greffon, prélevé sur des huîtres sélectionnés pour leur couleur de nacre, ainsi que le nucléus. Les  huîtres sont ensuite réintroduites en bassin jusqu'à leur maturité. Nous avons pu admirer des perles sculptées sur des nucléus bleus, issus de coquillages et rêver!
Nous aurons même l'occasion inespérée de nous essayer à  la récolte de nacre. En effet, le patron, dans une grande gentillesse, nous donne la permission d'utiliser, pince, tenaille et bistouri afin d'extraire une perle d'une nacre. Sans lunettes, Patrick fait de la charpie et perd la perle dans le muscle de la nacre mais, avec un peu d'aide, je réussis à couper le manteau et à récupérer une belle perle, c'est un instant magique, surtout lorsque la perle m’est galamment  offerte !
Ce métier, proche de la nature, est fort exigeant, chaque stade de la préparation, de la greffe à la récolte nécessite rigueur, patience, dextérité et longue expérience. Les plongeurs doivent entretenir régulièrement les lignes, les maintenir aux alentours des six mètres de profondeur à l’aide des grosses bouées pour éviter qu'elles ne se perdent dans le lagon. Les prix des perles varient en fonction de la demande, des besoins des marchés essentiellement asiatique et américain.

Petit à petit, nous visitons les autres îles de l'archipel, en attendant que les températures s'élèvent un peu. Et oui, nous n'avons pas chaud. Déjà  habitués aux températures tropicales, nous souffrons des 20 degrés matinaux, du vent du Sud, (aussi froid que celui venant du Nord chez vous), et de l'eau à 22 degrés!
Nous séjournons sur l'île de Taravai, dans une crique où se mêlent palmiers et pins et où gambadent en liberté poules, chèvres et cochons sauvages!
La semaine du quinze août, nous participons à la fête de Marie, sur l'île d'Akamaru, avec un pique nique géant pour lequel  se retrouvent les habitants des iles voisines, arrivés dès le matin sur diverses embarcations. Petit joyau de verdure, de plantations de bananiers, de vanille, cette île est bordée  d'un merveilleux lagon, aux eaux turquoise, transparentes et calmes.
C'est l'occasion pour moi de me perfectionner au maniement de mon nouveau jouet, un kayak de mer jaune/ orange et de pagayer paisiblement la tête hors de l'eau!

Je termine mon niveau 2 de plongée après une série d'exercices de remontée assistée et de lancement de parachute.

Nos rapports avec la population sont débordants  de bonnes surprises et d'échanges en tout genre, les enfants viennent parfois sauter sur le trampoline,  nous sommes toujours choyés par des distributions  de  fruits et  de légumes, et nous nous régalons de la chair des nacres, semblables à celle de nos coquilles Saint - Jacques.

Étant  donné notre bonheur de nous trouver là, l'accueil chaleureux, incroyable et inattendu de la population, la douceur de vivre sur cette île, et avec la chaleur qui revient,  nous ne sommes pas prêts de quitter cet archipel coloré, les mille et une senteurs enivrantes, les sourires généreux des enfants, les saveurs douces et épicées des produits mangaréviens.