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S.D.F.

De la burle aux alizés en téléchargement libre

Saltimbanques Des Flots

Nouvelles.

C’est certain, nous n’avons pas donné beaucoup de nouvelles ces derniers temps. Mais comment, sans vous lasser, vous raconter notre sixième escale à Fakarava, par exemple, ou notre vingt-septième navigation inter-iles ?
Pourrais-je décemment vous décrire ma trois -cent -quatorzième plongée, même si mon plaisir est toujours intact, même si le bonheur de croiser un requin tigre, une gigantesque raie manta, la joie de partager avec les copains un départ ou une arrivée plongée restent des moments magiques ?

Nous vivons deux années « bonus » en Polynésie. Durant ces précieux mois de vacances supplémentaires, le tour du monde est en mode « pause ».

Notre projet était de visiter des îles différentes, notamment aux Tuamotu, mais, mis à part Aratika et Kauhei, nous sommes revenus dans nos mouillages fétiches, sur nos spots de plongée préférés, aux abords des demeures de nos amis polynésiens.

Aratika se situe à quarante-sept kilomètres au nord-est de Fakarava, c’est une ile en forme  de dent de requin. L’entrée dans la passe Fainukea a valu au capitaine quelques sueurs froides. En effet, cette passe, non balisée, est très étroite, sinueuse et le courant y est fort puissant. Patrick a donc laissé le premier bateau copain s’y engouffrer en éclaireur et a suivi de très près le deuxième voilier. Il n’aurait pas fallu que celui-ci panique et décide de faire demi-tour au dernier moment !
Entre deux grains, le mouillage est idyllique. Les habitants des motu sont accueillants, jamais trois bateaux ne les ont visités en même temps !
Les plongées aux abords et dans cette passe ont été de grands moments d’émerveillement. Des murènes énormes, de taille impressionnante, des milliers de poissons, de jolis requins, un tombant à pic nous ont comblés. Les courants, quelques peu perturbés par un ensachage constant ont cependant contrarié certaines prévisions sous-marines mais ont parfois créé de belles surprises.
Nous avons ensuite traversé tout le lagon pour quitter cette île par la passe plus accessible de Temaketa, chenal moins étroit et balisé. Un pêcheur vivant là depuis six ans n’avait encore jamais vu des voiliers ancrer dans cet endroit.
La plongée courant entrant nous a permis de savourer l’architecture atypique de cette passe, de slalomer entre les parois, de découvrir de petites grottes et de remonter tranquillement entre les parcs à poissons bordant cette passe bien agitée !

Nous avons appris à pêcher les squilles, moins rapidement et moins efficacement que les polynésiens, mais avec persévérance, nous avons pu en déguster.
Le squille, appelé « varo », est un crustacé prédateur caractérisé par ses pattes ravisseuses très perfectionnées et sa vision exceptionnellement élaborée. Son corps allongé rappelle celui de la langouste, sa queue s’ouvre en éventail et se termine par une large nageoire. Ses yeux à facettes permettent une vision à 360 degrés, il possède aussi de grandes antennes sous la tête. Ses pattes sont comparables à celles de la mante religieuse, mais il possède en supplément trois paires de pattes sous le thorax et cinq paires sous l’abdomen. C’est un animal solitaire qui vit dans le sable.
Pour pêcher ce drôle d’animal, il faut scruter avec attention le banc de sable blanc, y chercher des trous bordés d’un amas de sable plus foncé, comme mousseux. Un morceau de poisson, suspendu à un piège, est alors posé sur l’ouverture et l’odeur alléchante attire le varo. Attention cependant de ne pas agir trop rapidement, celui-ci se rend vite compte de la supercherie ! Lorsque le corps de l’animal apparait entièrement, une longue pince permet de capturer ce curieux trop gourmand!
Nous avons cuisiné ces étranges bestioles, avec du beurre et de l’ail. Les garçons se sont régalés, mais j’ai été incapable d’en avaler une bouchée. J’ai pourtant déjà mangé de l’anaconda, des piranhas, mais là, je n’ai pas réussi ! Le seul fait de regarder mon assiette me donnait des frissons, j’en ai même cauchemarder  la nuit suivante, me trouvant dans une pièce dans laquelle surgissaient des varos et autres monstres…

Bien sûr, nous retrouvons avec un plaisir immense nos copains de bateau, que nous croisons, quittons, croisons à nouveau et laissons ensuite pour quelques temps. Chaque équipage voyage à son rythme, suivant ses envies, ses visiteurs, ses soucis techniques, ses rencontres…
Nous avons créé de nouveaux liens, notamment cette année avec des équipages belges. Naviguer en leur compagnie est une vraie chance, leur humour nous fait pleurer de rire, même si nous le comprenons bien souvent à retardement ou avec l’aide d’une petite explication !

Nous sommes actuellement à Tahiti, après un carénage à Raiatea. Nous profitons des commodités de la ville pour une escale technique et un bon ravitaillement.

Je viens de passer mon niveau 3 de plongée, ainsi que le Rescue Padi.

Notre projet de voyage est le suivant :
-Octobre et novembre dans les Tuamotu, avec de belles plongées en perspective.
-Puis un retour vers les Marquises pour la saison cyclonique, avec des projets d’explorations de grottes.
-Au mois d’avril, une navigation familliale dans les îles sous le vent.
-Fin mai, nous pensons mettre les voiles  à l’ouest et reprendre notre voyage. Nous projetons de nous rendre aux îles Cook, puis aller aux Fidji, aux Tonga, et continuer jusqu’en Nouvelle Calédonie.

A partir de ce moment-là, je recommencerai à vous écrire des nouvelles et à publier de nouvelles photos.

Notre vie de saltimbanques se poursuit donc, les cinq années prévues au départ du voyage sont largement dépassées, mais ce style de vie nous convient parfaitement. Conscients de note chance, nous savourons avec toujours autant d’émerveillement la beauté des paysages, la diversité des plongées, les rencontres avec les baleines, les palabres entre marins, les fêtes à terre…
A bientôt pour de nouvelles aventures et merci à tous pour votre fidélité.