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S.D.F.

De la burle aux alizés en téléchargement libre

Saltimbanques Des Flots

Tobago, l’île qui fait rêver.

L’escale à Tobago était une étape incontournable de  notre voyage.
Que dis-je ? Une étape ? Non, bien plus encore : un pèlerinage et un retour aux sources dus à une nostalgie chronique et une curiosité intense.
En effet, à deux reprises, nous avions visité cette île lors de nos croisières estivales et familiales et ces deux séjours, voici déjà une quinzaine d’années, nous avaient régulièrement alimentés  en discussions, en rêves, en souvenirs et en espoirs de vacances.
Deux mots suffisaient, à eux seuls, à nos envies de calme, de nature, d’authenticité et de simplicité : « Charlotteville, Tobago »
Notre inquiétude était donc grande en revenant dans ce lieu magique mais notre joie de le retrouver inchangé fut incommensurable et nous eûmes l’impression que là, dans cette baie verdoyante, sur ces rivages paisibles, dans ces rues joyeuses, le temps s’était arrêté pour nous, rien que pour nous !

C’était donc hier que Paul-Alexis apprenait à nager, que Charles-Antoine conduisait l’annexe en solitaire,  que nous avions trente ans !

Mais revenons dans ce petit village de Charlotteville. Fermez les yeux un instant et imaginez : des poules et leurs poussins picorent dans les rues, des chiens se prélassent au soleil, les chèvres bêlent dans la colline…De petites cabanes en bois, décorées d’affiches publicitaires colorées, font office de salon de coiffure, d’épiceries ou de restaurants. Le long des chemins, les manguiers croulent sous le poids des mangues, les régimes de bananes murissent paisiblement, les grappes de caramboles illuminent  les caramboliers. Dans l’unique bar, les sièges et les tables taillés dans le bois nous accueillent sous un toit de planches. Nous nous régalons de « rotis », crêpes épaisses garnies de poulet et de légumes cuits et épicés, que nous mangeons avec les doigts en buvant la bière locale.

C’est un village de pêcheurs, les barques portent des noms pieux, « Fils prodigue », « Jésus revient », « Jésus t’aime », etc... Et des versets d’encouragements sont inscrits à l’avant du bateau. Rares sont les hommes qui savent nager. Leurs barques sont équipées de  grandes cannes transversales  pour pécher à la traine les plus gros poissons. Certains d’entre eux possèdent quelques casiers à langoustes.

Les habitants de ce village sont souriants, accueillants, serviables et leur joie de vivre semble inébranlable. La musique est omniprésente, comme dans toute la Caraïbe. Sur la plage, autour d’un poisson grillé, nous partageons avec eux un repas d’anniversaire, en toute simplicité et convivialité.

Nous écumons ensuite les divers mouillages de la côte sous le vent : Englishman’s Bay, Buccoo, Castara, Palatuvier Bay…
Si un ponton nous permet de descendre à terre, nous retrouvons une végétation luxuriante, des maisons propres et entourées de fleurs, de petites épiceries assez achalandées pour notre ravitaillement quotidien.

( L’autre côté de l’île est également accessible en bateau mais la houle rend les mouillages difficiles et rouleurs. Les passes, bien indiquées sur les cartes sont un peu angoissantes mais nous avons la belle surprise de retrouver la plage de Canoé Bay presque identique à celle de nos souvenirs.

L’ile de Tobago fait partie de Trinidad et Tobago,  îles que tous les sportifs connaissent bien. Depuis longtemps, elles sont un vivier de footballeurs, de gymnastes, de joueurs de cricket et autres athlètes. Le plus célèbre est sans doute Hasely Crawford, vainqueur du 100m sprint aux jeux olympiques de 1976. L’équipe nationale de football, maintenant entrainée par Otto Pfister, a participé aux quarts de finale de la coupe du monde en 2006.

Le soir, les parkings se transforment en terrain de football à quatre contre quatre et de toutes petites cages sont installées de part et d’autre. Les habitants des quartiers s’affrontent, sous les rires et les encouragements des spectateurs, dans une ambiance bon-enfant, familiale et musicale. Les chiens traversent le terrain, les enfants récupèrent les balles sur le quai ou dans les jardins environnants. Qu’importe ! La gaieté est de rigueur, la bonne humeur communicative et les vainqueurs sont les stars du jour.

Les habitants de Tobago sont sveltes, élancés et musclés. Ici, les enfants ne déambulent pas encore en mangeant des chips, écouteurs sur les oreilles, ils jouent au ballon, sautent des pontons, nagent, aident leurs parents pour la cueillette des fruits ou pour le tri du poisson, s’occupent des petits frères et sœurs.

Les plages sont propres, les fonds sous-marins exceptionnels, riches en faune et en flore. Sur l’ile, on rencontre 210 espèces d’oiseaux, 23 espèces de papillons, 5  grandes familles de tortues, 17 espèces de chauve-souris dont une qui mange les poissons, et bien plus encore… La pêche à la traine est abondante, sauf en présence de nos invités, comme d’habitude ! Nous rencontrons plusieurs groupes d’étudiants anglais ou américains venus étudier ce monde animal protégé, cette nature puissante, riche et préservée.

Certes, aux environs de l’aéroport, quelques hôtels ont été construits mais le tourisme est encore balbutiant, pour combien de temps ? Les lois interdisant la vente de maison ou de terrains aux étrangers ont de plus en plus de mal à résister aux investisseurs, il est temps de venir profiter de l’indolence créole dans ce petit point perdu sur la carte du monde.