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S.D.F.

De la burle aux alizés en téléchargement libre

Saltimbanques Des Flots

Malpélo, l’île des marteaux !

Pour aller à Malpélo, il ne faut pas être simplement curieux et aventuriers, fans de plongées insolites et amateurs de sensations fortes, il est aussi impératif d’être bon marin, de disposer d’un équipage consentant et d’être en plus, comme les requins, un peu « marteaux » !

En effet, il nous faudra lutter, en quittant Les Perlas, contre vents et courants contraires, sous les averses et les orages nombreux en cette période et  dans cette zone  de convergence intertropicale, plus communément appelée le « pot au noir » . Cinq jours durant, avec l’envie d’abandonner à plusieurs reprises, nous rêvons de ce caillou perdu dans le Pacifique.

Lorsque nous l’apercevons, au loin, coiffé de sa couronne de nuages, nous hallucinons : c’est encore plus petit que nous ne l’imaginions, c’est un rocher pelé, sans végétation aucune, entouré de quelques cailloux. Nous apercevons également une construction, perchée à flan de roche, c’est l’habitation des gardes-côtes colombiens auxquels nous adressons un salut de présentation.
Ceux-ci, courtois et accueillants, nous indiquent la bouée à prendre, nous rassurent quant à sa bonne tenue et nous souhaitent un bon séjour. Seules deux bouées sont disponibles, l’une d’entre elle est déjà occupée par un bateau  de plongée panaméen, nous nous attachons à la dernière, à l’ouest de l’île mystérieuse.
Ce mouillage est à l’image des conditions de mer, rouleur, exposé aux courants de marée, aux vagues, au tangage incessant.

Lorsque Cyale, notre bateau copain nous rejoint, nous devons aller passer une nuit en mer, histoire de nous laisser dériver et de trouver le sommeil à tour de rôle, plus au calme.
Dès le premier matin, Patrick plonge  avec les panaméens, mon niveau et mon nombre insuffisant de plongée ne me permettent pas de les accompagner en plongée structurée.
A son retour, j’ai l’impression qu’il a avalé un feu d’artifice : des lumières brillent dans ses yeux, il saute de joie et hurle à Gilles «  les requins, ils sont là ! Des dizaines de requins marteaux et requins gris ! »

En excellente compagnie  de Cathy, excellente plongeuse, et de Gilles, moniteur de plongée et photographe, les plongées se succèdent et tiennent toutes leurs promesses.
Dans ces conditions, nous devons impérativement faire une bascule arrière à partir de l’annexe, ne pas s’attarder à la surface et descendre le plus rapidement possible !
La plongée terminée, ce sera le même scénario ; nous évitons les paliers entre trois et cinq mètres, et nous remontons tous dans l’annexe le plus vite possible, il est inutile de laisser trainer des jambes à hauteur de garde-manger des grosses bêtes !
Une fois dans l’eau, nous oublions tous la navigation difficile, le mouillage incroyablement désagréable, nous avons l’impression de vivre un rêve, de regarder un reportage truqué à la télévision. Nous manquons d’yeux et de temps pour tout voir, tout observer, tout contempler…

Des milliers de poissons, certains inconnus, nagent en bancs près de la falaise, des muraines et langoustes se cachent sous les cailloux, des gorgones tapissent le sol d’une dentelle se mouvant au gré des courants.
Nous voyons des raies, des dauphins, des tortues, des wahoos, des anges inconnus, avec sur le côté une rayure blanche lumineuse, des liches, des carangues, des thons, des loches, des bancs de mérous ….. Nous croisons aussi le poisson cocher du Pacifique, vous savez, celui qui est dans l’aquarium du dentiste et qui sauve Némo !

Et puis, et puis, en arrière plan, des requins, des dizaines de requins ! Et alors, là croyez-moi, le cœur bat fort, très fort, et les instants deviennent tous magiques et précieux, de véritables cadeaux de la nature sauvage, à l’état brut !
Devant un mur de requins marteaux, Patrick me prend la main, et, rassurée, je profite de ce spectacle extraordinaire. Mais, tellement  impressionnée et  admirative, je n’avais pas eu le temps d’avoir peur !
A plusieurs reprises, j’ai l’impression de ne plus pouvoir avancer, tellement nombreux et rapprochés sont tous ces poissons, évoluant au gré des courants et se dispersant dès l’arrivée d’un wahoo énorme ou à l’approche d’un autre prédateur. Les requins, eux, nous regardent assez calmement en apparence, je ne suis pas fâchée qu’ils restent un peu loin. J’apprécie leur aisance dans l’eau malgré leur grande taille, ils sont accompagnés d’un ou de plusieurs rémoras qui nagent tout près d’eux.

Les commentaires d’après plongée sont de grands moments de partage, remplis d’émotions, de joie et de convivialité, sous les jacassements incessants des milliers d’oiseaux en tout genre nichant sur la falaise.

Merci mille fois à Franck qui a découvert ce rocher …devant sa télévision!

Et à  Gilles pour les photos sous-marines.