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S.D.F.

De la burle aux alizés en téléchargement libre

Saltimbanques Des Flots

Carénage à Grenade.

Chaque année, le bateau doit être sorti de l’eau afin que les coques soient nettoyées et repeintes avec un produit spécial : l’antifouling. Ces deux dernières années, nous avions confié ce travail à des professionnels, en Martinique, pendant que nous dévalions les pentes enneigées d’Arêches.  Cette fois, nous avons décidé d’accomplir cette tache tous les deux, avec la motivation et le courage nécessaires à une grande première, après nos deux années et demie de farniente !

Nous choisissons, sur les conseils de marins expérimentés, le chantier de Grenada marina, à Grenade. D’après radio- ponton, les tarifs sont corrects et le slip (endroit où Patrick conduira le bateau avant que celui-ci ne soit promené dans les airs) est assez large. De plus, notre arrivée en basse saison  permet une prise en charge sans attente.
Les produits de base achetés, le stock de chiffons considérablement  augmenté des derniers tee-shirts  usagés de nos invités, tout est prêt pour le grand jour. Patrick manœuvre facilement jusqu’au lieu de levage et des ouvriers habiles, sérieux et précautionneux nous accueillent. Sans doute entendent-ils nos battements de cœur car ils sont, à notre égard, d’une gentillesse exemplaire. Sanglé, le catamaran s’élève, balançant légèrement sous la brise tropicale.

Aussitôt, il est débarrassé des algues et autres parasites accrochés sur les coques, par le jet fort puissant d’un karcher et retrouve déjà une couleur plus sympathique.
Ensuite, les quilles sont posées sur des madriers et l'équilibre du bateau est assuré par quatre supports de ferraille, des chandelles sur lesquelles reposent des calles de bois.
Une échelle est installée, nous pouvons grimper en toute sécurité, l’électricité est branchée et nous avons aussi de l’eau à notre disposition. Par contre, je dois débrancher mon réfrigérateur qui fonctionne à l’aide d’une pompe à eau de mer, je l'utiliserai en glacière en achetant quotidiennement un sac de glace. Je confie mes saucissons et mon fromage français aux cuisinières du restaurant qui, gentiment, me les stockeront au frais.

Dès l’après-midi, les festivités commencent, nous allons jouer dans la cour du chantier ! A l’aide de raclettes en fer, de papier de verre, et de beaucoup d’huile de coude, nous allons frotter, poncer et ôter tous les coquillages et autres aspérités  afin de retrouver les coques lisses et uniformes. Nous arrosons sans discontinuité pour éviter au maximum la formation de poussières toxiques.
Le lendemain, c’est un papier de verre plus fin qui  sera nécessaire au fignolage de cette première étape un peu rébarbative et  vraiment épuisante.
Patrick peut enfin commencer la peinture. Son souhait était de poser une peinture efficace, mais interdite car à base de cuivre et de poison. J’ai eu gain de cause et nous avons opté pour un produit autorisé et présent sur tous les marchés européens et américains.

Pendant que la première couche sèche, Patrick s’attaque aux moteurs, il doit changer les joints spi et vidanger les embases. Quand à moi, avec patience et persévérance, je nettoie les hélices et  je ponce, de longues heures, à l’aide de papier de verre. Le résultat est correct et  je les peins ensuite, pales par pales.
La deuxième couche est plus délicate à poser, et Patrick doit faire preuve de vigilance pour n’oublier aucun recoin. Nous trouvons les coques agrandies par la couleur noire qui, finalement, sied bien à notre saltimbanque.

Patrick termine le remontage de ses moteurs, en allant quémander, de temps à autre, quelques conseils au mécanicien du chantier.
Notre nouvelle annexe a besoin de menues réparations, des rochers ayant traversé la baie de Charlotteville.  Le bateau, lui aussi, a pris quelques chocs : un coup d’annexe sur la jupe tribord, et un autre sur la jupe bâbord, de nuit celui-ci.  Patrick répare ces dégâts avec du gelcoat. Le dosage est délicat et le premier mélange ne durcira pas, mais la deuxième tentative sera parfaite.
La grand-voile est déposée. A l’atelier de voilerie, les points d'usure seront renforcés.

Le dernier jour est consacré au nettoyage du bateau, aux lessives et à la préparation de la mise à l’eau. Celle-ci s’effectue sans problème, et notre catamaran flotte à nouveau, ses moteurs ronflent de plaisir, et nous rejoignons le monde aquatique avec bonheur.
Nous nous étions préparés à une semaine difficile, mais nous n’avons eu que des bonnes surprises. Certes, le travail est assez difficile et nous avions les bras en compote le soir, mais nous bénéficions de délicieuses douches chaudes à notre disposition pour nous refaire une petite santé.
Notre pause de midi était fort agréable, les plats proposés par le restaurant étaient délicieux, le cadre magique. Nous avons rencontrés des voisins sympathiques et serviables, que demander de plus ?
Pendant cette semaine, nous avons entendu chanter du matin au soir des ouvriers joyeux, travaillant au rythme antillais, sérieux, honnêtes  et compétents.

Certes, nous n'avons accompli aucun exploit physique ou technique, mais, dans une ambiance joyeuse et détendue, cette semaine de travail nous a apporté beaucoup de satisfaction et a fait grandir en nous l'envie de continuer l'aventure sur notre bateau fraichement bichonné.